Remplacer ses outils américains par des alternatives européennes — et suisses
Messagerie, fichiers, hébergement, statistiques, IA : par où commencer, quelles alternatives existent vraiment, et ce qu'il vaut mieux ne pas migrer.
De plus en plus de dirigeants de PME me posent la question : « Est-ce qu'on devrait quitter Google, Microsoft ou les outils américains ? » Les raisons varient — la protection des données de leurs clients, la dépendance à un seul fournisseur, des hausses de prix décidées ailleurs. La réponse honnête n'est ni « tout, tout de suite » ni « ça ne sert à rien ». C'est une démarche, par étapes.
Pourquoi la question se pose
- Le droit : un fournisseur américain reste soumis au droit américain, y compris pour des données stockées en Europe — c'est l'objet du CLOUD Act de 2018. En Suisse, la nLPD demande de savoir où partent les données personnelles et de pouvoir le justifier.
- La dépendance : quand tous vos outils viennent du même écosystème, un changement de prix ou de conditions vous touche partout à la fois.
- La confiance : vos propres clients — cabinets, santé, fiduciaires — posent de plus en plus la question. Avoir une réponse claire devient un argument.
Commencer par un inventaire, pas par une migration
Avant de changer quoi que ce soit, listez vos outils sur une page : à quoi chacun sert, quelles données il contient (clients, finances, santé, ou rien de sensible), et ce qui se passe s'il s'arrête demain. Cet inventaire suffit souvent à décider : on migre en priorité ce qui est sensible et facile à remplacer, on garde pour plus tard ce qui est complexe et peu sensible.
Des alternatives qui existent vraiment
Quelques équivalents européens et suisses solides, par catégorie. Ce n'est ni une liste exhaustive ni un classement, et je n'ai aucun lien commercial avec ces entreprises :
- Messagerie, agenda, fichiers : Infomaniak (kSuite, Genève) et Proton (Mail, Drive, Calendar, Genève).
- Visioconférence : kMeet d'Infomaniak, ou Jitsi, open source, que l'on peut héberger soi-même en Europe.
- Messagerie instantanée : Threema, conçue en Suisse, avec une offre pour les entreprises.
- Hébergement et cloud : Infomaniak, et Exoscale, basée à Lausanne ; Hetzner en Allemagne ; OVHcloud et Scaleway en France.
- Statistiques de site : Plausible, européen et sans cookies publicitaires, ou Matomo hébergé chez vous.
- Newsletter : Brevo, en France.
- Mots de passe : Proton Pass.
- IA et traduction : Mistral AI en France, DeepL en Allemagne — ou des modèles ouverts hébergés en Europe.
Ce qu'il vaut mieux ne pas migrer (tout de suite)
Certains outils n'ont pas d'équivalent aussi complet, ou leur remplacement coûterait plus cher que le risque qu'il évite : un logiciel métier très spécifique, une suite bureautique dont toute l'équipe dépend au quotidien, un outil de conception sans rival. Un fournisseur européen n'est pas non plus automatiquement conforme : ce qui compte, c'est le contrat — où sont les données, qui peut y accéder, comment les récupérer.
Un ordre qui fonctionne
- Les statistiques du site : rapide, sans douleur, et souvent l'occasion d'alléger le bandeau cookies.
- Les formulaires et la newsletter : ils contiennent les données de vos prospects.
- Le stockage des fichiers sensibles.
- La messagerie et l'agenda : le plus gros chantier, à planifier avec l'équipe.
- L'IA : choisir un fournisseur dont vous connaissez la politique de données avant d'y confier des documents clients.
Et moi ?
Par honnêteté : ce site est hébergé chez Vercel, une entreprise américaine, avec une base de données à Francfort. C'est un compromis que j'assume pour un site vitrine qui ne traite pas de données sensibles. Pour les projets de mes clients, la question de l'hébergement se pose dès le départ, et je propose des solutions suisses ou européennes quand les données le justifient.
Si vous voulez faire l'inventaire de vos outils et savoir par où commencer, écrivez-moi : c'est typiquement le genre d'atelier d'une demi-journée que j'anime.